Jacques Kuhnmunch, Laure Chabanne & Étienne Guibert
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Madame Isaac Péreire
Alexandre Cabanel (Montpellier, 1823 – Paris, 1889)

Inscription

S.D.m.d. : Alex Cabanel/ 1859

Historique

Madame Isaac Péreire. Madame Gustave Péreire en 1928. Vente publique, Paris, Ferri et associés, 5 juin 2015, lot no 34. Commission d’acquisition des musées-châteaux du 4 juin 2015. Conseil artistique (délégation permanente) du 4 juin 2015. Arrêté du 16 juillet 2015. Acquis grâce à la Société des Amis du château de Compiègne.

Commentaire

Fanny Péreire (1825-1910) était la fille du banquier Émile Péreire (1800-1875). Elle épousa en 1840 le frère cadet de celui-ci, Isaac (1806-1880). Grands acteurs du monde économique, les frères Péreire comptèrent parmi les personnalités les plus influentes du Second Empire. Ils fondèrent le Crédit immobilier et investirent dans de nombreux domaines, notamment les chemins de fer et les transports maritimes, en France comme à l’étranger. En rivalité ouverte avec les Rothschild, ils obtinrent le soutien de Napoléon III qui partageait leurs idées saint-simoniennes.
Comme les Rothschild, les Péreire constituèrent des collections d’art ancien et contemporain, tant par goût que par stratégie sociale. Alexandre Cabanel fut l’un des artistes auxquels ils firent régulièrement appel, tout d’abord pour le décor de leur hôtel particulier parisien sis au 35, rue du Faubourg Saint-Honoré. Le peintre livra en 1858 le plafond du grand salon, puis il fut chargé d’exécuter six panneaux allégoriques11. Voir Emmanuelle Amiot-Saulnier, « Les décors profanes parisiens : la naissance d’un grand peintre », dans Alexandre Cabanel, 1823-1889. La Tradition du beau [cat. exp. Montpellier, musée Fabre, 10 juillet – 2 janvier 2011], Paris, Somogy / Montpellier, musée Fabre, 2010, p. 274-278, repr.. Il portraitura Fanny Péreire l’année suivante, en même temps que cinq autres membres de sa famille22. Voir Jean Nougaret, « Catalogue sommaire de l’œuvre peint d’Alexandre Cabanel », dans Alexandre Cabanel, 1823-1889. La Tradition du beau [cat. exp. Montpellier, musée Fabre, 10 juillet – 2 janvier 2011], Paris, Somogy / Montpellier, musée Fabre, 2010, no 137-142, p. 457-458.. Ce portrait fut assurément considéré comme très réussi puisqu’il figura au Salon de 1861.
Alexandre Cabanel a représenté madame Péreire en toilette du soir, assise sur une causeuse confortable, un éventail à la main. Le brun mordoré du damas de soie qui recouvre le siège, le rouge du coussin et les ocres du fond composent un écrin de tons chauds sur lequel se détache la figure de la jeune femme. Comme souvent chez Cabanel, elle a été peinte en glacis de teintes froides où dominent le blanc de la robe et l’accord de bleu turquoise et de rose de la sortie de bal. De multiples détails finement exécutés animent ces masses colorées : motifs du damas, dessins persans du coussin, arabesques et faux marbre du décor mural, rayures bayadère de l’algérienne, dentelles appliquées sur la robe, ornements sur le panache de l’éventail, bijoux… L’attrait de ces éléments décoratifs reste cependant subordonné à l’attention portée au visage, au décolleté et aux mains du modèle. Si le traitement vaporeux des contours et l’harmonie subtile du coloris évoquent l’art fashionable d’Édouard Dubufe, la précision du dessin appelle la comparaison avec Ingres. Possédant une solide formation classique, lauréat du Grand prix de Rome, Cabanel sut allier la concentration psychologique des Ingristes à l’élégance du portrait mondain. Ce tableau offre l’exemple même de cette recherche d’équilibre « Le dessin a la solidité architecturale d’un édifice classique ; la couleur est éclatante sans être brutale ; l’exécution minutieuse sans être sèche ; la composition digne, sans aller jusqu’à la sévérité. » (Seymour de Ricci)
Le portrait de madame Péreire constitue un jalon important dans l’élaboration de cette formule personnelle qui lui valut à partir des années 1860 un grand renom en tant que portraitiste, tant en France qu’aux États-Unis, et des commandes de l’impératrice Eugénie et de son cercle (voir C.54.001 ; C.2010.002). À ce titre, un autre portrait peint en 1858 offre un parallèle intéressant, celui de madame Pierre Balsan, née Élodie Martin (1810-1893)33. Voir Nougaret, ibid., no 136 (Portrait de madame ***), p. 457, repr. (collection privée, en dépôt en 2018 au musée Bertrand à Châteauroux). Les deux œuvres présentent le même format presque carré, choix original pour ce genre de composition. La pose des modèles est très similaire, mais madame Balsan, vêtue de noir, les épaules couvertes, est assise sur une banquette néo-Renaissance garnie de damas cramoisi. Son portrait évoque la dignité cossue d’une dame de la bonne bourgeoisie, épouse d’un industriel de Châteauroux, celui de Fanny Péreire la distinction aristocratique du grand monde. L’expression de madame Péreire mêle bienveillance et réserve, chic et simplicité. Elle offre également un bel exemple de cette « touche de captivante tristesse » qui caractérisait, selon l’Américaine C. H. Stranahan, les portraits de Cabanel.

Auteur du commentaire : Laure Chabanne

1. Voir Emmanuelle Amiot-Saulnier, « Les décors profanes parisiens : la naissance d’un grand peintre », dans Alexandre Cabanel, 1823-1889. La Tradition du beau [cat. exp. Montpellier, musée Fabre, 10 juillet – 2 janvier 2011], Paris, Somogy / Montpellier, musée Fabre, 2010, p. 274-278, repr.
2. Voir Jean Nougaret, « Catalogue sommaire de l’œuvre peint d’Alexandre Cabanel », dans Alexandre Cabanel, 1823-1889. La Tradition du beau [cat. exp. Montpellier, musée Fabre, 10 juillet – 2 janvier 2011], Paris, Somogy / Montpellier, musée Fabre, 2010, no 137-142, p. 457-458.
3. Voir Nougaret, ibid., no 136 (Portrait de madame ***), p. 457, repr.
Bibliographie
Index

Genre :
Portraitassis

Index des personnes représentées :
Fanny Péreire, madame Isaac Péreire (1825-1910)

Index iconographique :
Bijou ; drapé ; femme

Cette œuvre appartient à l’ensemble :
Les portraits des musées du Second Empire

Œuvres en rapport dans la collection
Copyrights

Étapes de publication :
2020-06-15, publication initiale de la notice rédigée par Laure Chabanne

Pour citer cet article :
Laure Chabanne, Madame Isaac Péreire, dans Catalogue des peintures du château de Compiègne, mis en ligne le 2020-06-15
https://www.compiegne-peintures.fr/notice/notice.php?id=648

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